L’archevêque de Telmessos Job (Getcha): L’autocéphalie est le moyen d’assurer l’unité de l’Église tant à l’intérieur de l’État, qu’entre les Églises locales – internet publishing Cerkvarium

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L’archevêque de Telmessos Job (Getcha): L’autocéphalie est le moyen d’assurer l’unité de l’Église tant à l’intérieur de l’État, qu’entre les Églises locales

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Nous publions ci-dessous l’interview accordée par l’archevêque de Telmessos Job (Patriarcat de Constantinople) au site ukrainien «Cerkvarium» 

Orthodoxy.com

15 septembre 2018

By Jivko Panev

 - Monseigneur, le Patriarcat de Moscou insiste sur le fait que l’autocéphalie ne peut être demandée que par la partie canonique d’une Église donnée, tandis que tout le reste est « la légalisation du schisme ». Mais toutes les autocéphalies les plus récentes sont survenues suite à leur séparation du Patriarcat de Constantinople uniquement, et cela s’est produit difficilement et douloureusement. Y a-t-il des règles reconnues par tous, telles que qui peut demander l’autocéphalie et quand ? La plus grande expérience dans ce domaine revient précisément à Constantinople.

- Si l’on étudie l’histoire de l’Église orthodoxe d’après les textes et les documents, et non sur la base de mythes créés et d’une fausse historiographie, il est évident qu’absolument toutes les autocéphalies contemporaines ont été proclamées par le Patriarcat œcuménique. Même si l’on considère l’histoire de l’Église orthodoxe en Russie, nous voyons que son autocéphalie a été auto-proclamée en 1448 lorsqu’à Moscou le métropolite Jonas avait été élu indépendamment, sans autorisation du Patriarcat œcuménique. Il est intéressant de souligner qu’un Tomos d’autocéphalie n’a jamais été donné à l’Église orthodoxe en Russie ! Dans les années 1589-1590, le patriarche œcuménique Jérémie II a simplement normalisé la situation, en élevant ce siège au rang patriarcal, étant entendu qu’il était permis au hiérarque de Moscou de « s’appeler » patriarche à la condition qu’il commémore le patriarche œcuménique et qu’il considère celui-ci « comme son chef et premier », selon ce qu’il est dit dans la charte. Les autocéphalies plus tardives, aux XIXème et XXème siècle, ont toutes été proclamées par le Patriarcat œcuménique : l’autocéphalie de l’Église orthodoxe de Grèce (1850), de Serbie (en 1879, et élevée au rang patriarcal en 1922), en Roumanie (en 1885 et élevée au patriarcat en 1925), en Pologne (1924), en Albanie (1937), en Bulgarie (en1945 et élevée au patriarcat en 1961), en Géorgie (1990), et en Tchéquie et Slovaquie (1998). Chacune de ces proclamations étaient liées à un facteur politique, et l’autocéphalie était proclamée en tant que moyen d’assurer l’unité de l’Église tant à l’intérieur de chacun de ces pays, que l’unité entre Églises locales. Outre le Patriarcat œcuménique, aucune autre Église locale dans l’histoire de l’Église orthodoxe n’a proclamé d’autocéphalie. Certes, l’Église orthodoxe en Russie peut prétendre qu’elle a proclamé l’autocéphalie de l’Église en Géorgie (1943), en Tchécoslovaquie (1951) et en Amérique (1970), mais ces autocéphalies n’ont pas été reconnues par le plérôme de l’Église orthodoxe, parce que l’Église orthodoxe en Russie n’a pas une telle prérogative d’octroyer l’autocéphalie. C’est la raison pour laquelle ces trois Églises se sont adressées au Patriarcat œcuménique pour obtenir le Tomos d’autocéphalie. Avec le temps, le Patriarcat œcuménique a normalisé la situation, proclamant les autocéphalies de l’Église orthodoxe en Géorgie (1990) et en Tchéquie et Slovaquie (1998).

 

- Peut-on considérer que la situation actuelle difficile de division de l’Orthodoxie ukrainienne est la conséquence du fait qu’en son temps, l’Église orthodoxe russe a ignoré la demande de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe d’Ukraine, en 1991, de lui accorder l’autocéphalie ?

- De mon point de vue, oui ! Si l’autocéphalie avait été proclamée en Ukraine immédiatement après la proclamation de son indépendance en 1991, on aurait pu éviter 30 années d’un schisme douloureux et nuisible, qui a commencé en 1989. Et telle était la position de l’épiscopat entier de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou qui a décidé ce qui suit lors de son assemblée en novembre 1991 : « L’assemblée considère que l’octroi de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe d’Ukraine contribuera au renforcement de l’unité de l’Orthodoxie en Ukraine et à la liquidation du schisme autocéphaliste qui est survenu ; à contrer l’expansion uniate et catholique, à servir la réconciliation et l’établissement de la concorde parmi les confessions actuellement en conflit, à la cohésion de toutes les nationalités vivant en Ukraine, et ce faisant à apporter sa contribution à l’unité de tout le peuple ukrainien ». Sous cette décision se trouvent, sans exception, les signatures de tous les évêques d’alors de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou, dont l’évêque de Tchernovtsy et de Bucovine Onuphre, actuel métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine. À ce sujet, on oublie souvent (ou l’on dissimule intentionnellement) que le soi-disant « Concile de Kharkov », qui a élu sur le siège métropolitain de Kiev le métropolite Vladimir (Sabodan) de bienheureuse mémoire au lieu de Philarète (Denissenko), a réitéré cette position, en s’adressant en 1992 au patriarche de Moscou Alexis II par ces paroles : « Nous sommes certains que la question vitalement importante de l’octroi à l’Église orthodoxe d’Ukraine de l’autocéphalie canonique, avancera avec succès, à l’aide de Dieu et des efforts du nouveau primat, dans l’unité de tout le troupeau ukrainien, avec une nouvelle énergie, une nouvelle force, dans l’espoir radieux que l’Église orthodoxe d’Ukraine, dans un avenir proche recevra l’autocéphalie canonique souhaitée ».

 

- L’Église orthodoxe russe accuse constamment Constantinople « d’hérésie papiste ». Mais au Patriarcat de Moscou même, la doctrine de la « Troisième Rome » est très populaire, selon laquelle l’Église orthodoxe russe elle-même doit occuper la première place dans les diptyques. Que peut faire Constantinople avec ces manières impériales de l’Église russe ?

- La théorie de Moscou comme « Troisième Rome » n’est ni une doctrine ecclésiologique, ni la prérogative du droit canonique (ecclésiastique). Ce mythe a été inventé par le starets de Pskov Philothée au début du XVIème siècle. Mais l’Église orthodoxe ne vit pas de mythes. L’histoire de l’Église orthodoxe ne connaît pas de « première » et de « deuxième » Rome, mais seulement « l’ancienne » (Rome) et la « nouvelle » (Constantinople). Il n’y en a pas de troisième. L’Église orthodoxe vit, outre la Sainte Écriture, sur la base de la doctrine et des canons des Conciles œcuméniques. Il y est indiqué, de façon précise et claire, que seuls ces deux sièges historiques ont reçu des droits particuliers et des prérogatives du temps des Conciles œcuméniques. Qui aujourd’hui peut prétendre avoir le pouvoir suprême sur les Conciles œcuméniques pour modifier leurs décisions ? En fait, chaque évêque orthodoxe, lors de la confession de foi précédant son sacre épiscopal, promet de toujours observer non seulement la doctrine, mais les règles ecclésiastiques des Conciles œcuméniques et locaux, qui le lient.

 

- Le métropolite de Volokolamsk Hilarion (Alfeev), dans l’une de ses interviews, a déclaré : « À la différence de l’Église romaine a toujours existé dans l’Église orthodoxe un autre système d’Églises orthodoxes locales, dont chacune dispose de l’indépendance et n’est pas soumise à l’autre ». Ce faisant, le Patriarcat œcuménique est placé au même niveau que les autres. À quel point une telle conception du système est-elle correcte ? Quelles sont les limites de l’immixtion du patriarche œcuménique dans les affaires (les problèmes) des autres Églises locales ?

- En ce qui concerne les accusations  « d’hérésie papiste » formulées par certaines personnes à l’égard de Constantinople, il faut rappeler que dans la Sainte Écriture, l’apôtre Paul compare l’Église du Christ à un corps, qui est présidé par le Christ et dans lequel nous sommes les membres (cf. 5, 23, 30 ; Col. I, 18). Mais pour nous, orthodoxes, l’Église n’est pas quelque chose d’abstrait, comme chez les protestants, mais quelque chose de très concret, l’organisme divino-humain, constitué de personnes concrètes. Aussi, conformément au droit canon ecclésial, le chef d’une Église locale est un homme concret, l’évêque. Et conformément au 34è canon apostolique, les évêques d’une Église régionale doivent décider qui parmi eux est le premier et reconnaître celui-ci comme leur chef, et ne rien faire à son insu. Cette règle a toujours été appliquée à l’Église universelle, parce que notre Église orthodoxe est unique, elle est « l’Église, une, sainte, catholique et apostolique » et n’est pas une sorte de confédération d’Église séparées et indépendantes, comme nous le voyons dans le protestantisme. Du fait que l’Église est une – le corps du Christ – elle a un seul chef. L’Église n’est pas un monstre à plusieurs têtes! Pour cette raison dans la charte, par laquelle le siège de Moscou fut élevé au niveau patriarcal en 1590, il est dit que le hiérarque de Moscou doit reconnaître le trône apostolique de Constantinople comme « son chef et le premier », comme le font les autres patriarches orthodoxes. Renoncer à cela signifie non seulement perdre ces privilèges qui ont été donnés au siège de Moscou par les actes patriarcaux de Constantinople, mais aussi se départir de la doctrine orthodoxe sur l’Église conforme aux dispositions des Conciles œcuméniques et de la Sainte Écriture.

 

- Quels sont les privilèges ou fonctions particuliers du patriarche œcuménique dans le cadre de la coordination ?

- Le patriarche œcuménique n’est pas seulement, dans l’Église Orthodoxe, l’un des patriarches. Il n’est pas seulement « le premier parmi les égaux ». À ce sujet, la formule latine « primus inter pares » ne se trouve nulle part dans le droit ecclésial orthodoxe, où l’on parle au contraire « de la primauté d’honneur » (presveia timis), ce qui se rapporte à la hiérarchie ou à tout le moins à l’ordre. Disposant de « la primauté d’honneur », conformément aux saints canons, le patriarche œcuménique, en tant que « chef » et « premier » dans l’Église orthodoxe doit assurer l’unité des Églises locales et les coordonner. Cela a été clair au XXème siècle lors de la préparation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe et dans la coordination des Églises locales dans le cadre du dialogue interchrétien au niveau mondial. Partant de ce rôle – assurer l’unité des Églises locales et les coordonner, le Patriarcat œcuménique proclame l’autocéphalie des nouvelles Églises locales, comme cela a déjà été dit. En outre, conformément aux 9ème et 17èmecanons du IVème Concile œcuménique, le patriarche œcuménique a le droit de recevoir l’appel (ekkliton) des clercs et évêques (dont ceux des autres Églises locales). Il lui appartient également le droit d’instituer des stavropégies (sur le territoire d’autres Églises locales également).

 

- À quel point peut-on croire le porte-parole de l’Église orthodoxe russe selon lequel celle-ci dispose d’un soutien massif de sa position en Ukraine parmi les primats et l’épiscopat des autres Églises locales ? Comment peut-on considérer les déclarations des primats d’autres Églises grecques selon lesquelles l’Ukraine est le territoire canonique exclusif de l’Église orthodoxe russe ? Y a-t-il à ce sujet un consensus panorthodoxe ?

- Dans votre question, le principal est de distinguer deux choses : premièrement, la reconnaissance de l’Église orthodoxe d’Ukraine avec à sa tête le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre, et deuxièmement la question de la juridiction sur l’Ukraine. Pour ce qui concerne le premier point, il est clair que parmi les trois juridictions en Ukraine, (Église d’Ukraine du Patriarcat de Moscou, l’Église d’Ukraine du Patriarcat de Kiev, l’Église orthodoxe ukrainienne autocéphale), seule l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou est actuellement une Église reconnue par l’Orthodoxie universelle, étant donné qu’elle est une partie du Patriarcat de Moscou, lequel a reçu son statut canonique du Trône œcuménique et se trouve en unité avec toutes les Églises orthodoxes locales. Les deux autres groupes, ont commencé en 1989 à se séparer du Patriarcat de Moscou et pour cette raison sont considérés comme des schismes et ne sont reconnus par aucune Église orthodoxe locale. Pour ce qui est du deuxième point, il faut souligner que la juridiction ecclésiastique sur l’Ukraine appartient exclusivement au Patriarcat œcuménique. Lorsque l’Église orthodoxe en Russie a reçu le statut de patriarcat dans les années 1589-1590, la métropole de Kiev (dans l’État polono-lituanien avec pour siège Kiev) est restée dans la juridiction de Constantinople. Après que la rive gauche de l’Ukraine ait été réunie à l’État moscovite par l’assemblée de Pereïaslav (1654), alors que des guerres se produisaient constamment entre la Turquie et l’État moscovite (à partir de 1676) et après que le patriarche de Moscou ait placé illégalement sur le siège de Kiev, qui était restée longtemps vacant (à partir de 1681), Gédéon Sviatopolk-Tchetvertinsky sur la demande de l’hetman Ivan Smoïlovitch (en 1685), le patriarche de Moscou n’a finalement, en 1686, reçu du patriarche œcuménique Denis IV que la permission de sacrer le métropolite de Kiev, qui devait continuer à commémorer le patriarche œcuménique et rester son exarque. Il en a résulté que, en raison des circonstances politiques, la métropole de Kiev s’est trouvée sous l’unique administration de l’Église orthodoxe en Russie, mais aucun transfert de la métropole de Kiev a Moscou n’a eu lieu en 1686, comme le souligne, au demeurant le Tomos d’autocéphalie de l’Église orthodoxe de Pologne (1924). Il y est dit que cette autocéphalie est accordée « en prêtant attention à la voix forte de l’obligation canonique qu’impose à notre Très saint Trône œcuménique le souci des saintes Églises orthodoxes, qui se trouvent dans une situation difficile ; voyant que l’histoire également témoigne en faveur de ce qui est mentionné (il est écrit que le détachement de notre Trône de la métropole de Kiev et des Églises orthodoxe de Lituanie et de Pologne dépendant de celle-ci, de même que leur rattachement à la Sainte Église de Moscou, ont été réalisé depuis le début sans aucune conformité aux prescriptions légales canoniques ; il n’a pas été observé non plus ce qui avait été déclaré conjointement concernant l’autosuffisance ecclésiastique du métropolite de Kiev, portant le titre d’exarque du Trône œcuménique »). Partant de cela, du fait que l’Ukraine ne fait plus partie aujourd’hui de l’Empire russe (et de l’Union soviétique), et du fait qu’y continue depuis presque trente ans un schisme ecclésiastique, en raison duquel des millions de personnes se trouvent hors des limites de l’Église canonique et dont l’Église orthodoxe en Russie (c’est-à-dire le Patriarcat de Moscou) n’est pas en mesure de venir à bout, le Patriarcat œcuménique est obligé d’adopter les mesures conformes à ses prérogatives, afin d’assurer l’unité ecclésiale. Ce faisant, il convient de souligner qu’il ne s’immisce pas dans les affaires d’une Église locale étrangère, mais agit sur son territoire canonique, celui de la métropole de Kiev.

 

- Concernant les menaces constantes de rupture de la communion eucharistique. Supposons que l’Ukraine reçoive l’autocéphalie, et que l’Église orthodoxe russe ne la reconnaisse pas. Que se passera-t-il ensuite ? Comme le disait Calliste (Ware), il ne faut pas « faire un abus de l’Eucharistie », c’est-à-dire faire du chantage sur la base de la rupture de la communion eucharistique. Comment cette rupture peut-elle influencer la conscience qu’a d’elle-même l’Église russe ?

- Je suis d’accord avec le métropolite de Dioclée Calliste concernant le « l’abus de l’Eucharistie ». Il faut cesser la communion eucharistique pour des raisons importantes, dogmatiques, et non pour des caprices. Nous entendons souvent de la bouche des représentants de l’Église orthodoxe en Russie des menaces selon lesquelles commence un schisme pire que celui de 1054. Qui connaît bien l’histoire ecclésiastique sait que le grand schisme de 1054 est également un grand mythe. L’anathématisation réciproque, par Rome et Constantinople, a été le résultat de la décision infructueuse de restaurer la communion eucharistique entre les deux Églises, interrompue au début du XIème siècle en raison de l’ajout du « Filioque » dans le Credo. En raison de cet ajout, Constantinople soupçonnait que Rome avait changé la foi. La question était dogmatique. Aussi, à ce sujet, le dialogue qui est mené aujourd’hui entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique-romaine, est un dialogue à caractère théologique. Maintenant, concernant la question du schisme et de l’autocéphalie en Ukraine : il est connu de tous que ce problème n’est pas une question à caractère théologique, et il n’y a pas lieu ici d’accuser quelqu’un d’hérésie. Aussi, les menaces de rupture de la communion eucharistique, si l’Ukraine obtient l’autocéphalie, sont plutôt un abus de l’Eucharistie.

 

- Moscou menace aussi, qu’en cas d’octroi à l’Ukraine de l’autocéphalie, commence un massacre sanglant. Constantinople a-t-elle un plan pour construire l’Église autocéphale ukrainienne pacifiquement et sans guerre ? Comment prévenir l’amoindrissement des libertés religieuses de ceux qui veulent rester soumis à Moscou, et comment ne pas permettre la redistribution totale des propriétés ecclésiastiques ?

- Comme l’a souligné récemment le métropolite de France Emmanuel dans une interview, « le patriarcat œcuménique ne menace pas et n'est pas menacé.  L’Église Mère a montré qu'elle se soucie de la conciliation des  différends et du dépassement des schismes et ne veut en aucun cas en  vouloir de nouveaux.». L’autocéphalie de l’Ukraine est proposée par le Patriarcat œcuménique non comme une arme de guerre, mais comme un remède, afin de soigner le schisme ecclésiastique, qui dure depuis presque trente ans. Comme nous l’avons rappelé, ce remède avait été proposé au patriarche de Moscou par le plérôme de l’épiscopat de l’Église d’Ukraine du Patriarcat de Moscou dès 1991 et 1992. Comme nous l’avons montré, au cours du XXème siècle, le patriarche œcuménique, sur la base de ses prérogatives a toujours assuré l’unité des Églises locales orthodoxes, et a pour cette raison proclamé une série de nouvelles autocéphalies comme moyen d’assurer l’unité de l’Église tant à l’intérieur de chaque nouvelle Église locale, que parmi toutes les Églises locales. Le rôle du Patriarcat œcuménique est de servir l’unité de l’Église orthodoxe.

 

- L’Église orthodoxe russe insiste sur le fait que l’octroi de l’autocéphalie à l’Ukraine est une atteinte à l’unité panorthodoxe. Le refus de participer au Concile panorthodoxe n’est-il pas une atteinte à une telle unité ?

- Aujourd’hui, dans l’Église orthodoxe, on parle souvent de la catholicité, en oubliant le fait qu’il n’y a pas de catholicité sans primauté. Malheureusement, de nombreux orthodoxes, dans leur combat contre le papisme, ont emprunté des arguments protestants, et ont rejeté complètement la primauté. Mais les saints canons de l’Église affirment clairement qu’il ne peut y avoir de Synode (ou de Concile) sans primat, ni de primat sans Synode (Concile). Cela est très bien formulé dans le 34ème canon apostolique, où il est dit que les évêques doivent reconnaître qui parmi eux est le premier (protos), et le considérer comme chef (kephali) et ne rien faire sans son accord, mais le premier ne peut rien faire sans l’accord de tous. « Car la concorde (omonia) règnera ainsi et sera glorifié le Père et le Fils et le Saint-Esprit ». Mais dans le cadre de la catholicité, les canons ecclésiastiques soulignent que le premier (protos) a la responsabilité de convoquer le Synode (ou le Concile), et que les autres ont l’obligation d’y participer. Par exemple, le 19ème canon du IVème Concile œcuménique souligne que les évêques qui ignorent la convocation du Synode sans fondement, doivent être rappelés à l’ordre. Aujourd’hui, le refus dans l’Église orthodoxe, de reconnaître le patriarche œcuménique comme « premier » et comme « chef » et affirmer que l’Église orthodoxe n’est pas une Église une, mais plutôt une sorte de confédération d’Églises locales indépendantes (voire même nationales) contredit précisément l’esprit de l’ecclésiologie et de la catholicité orthodoxes et pour cette raison n’aident en rien à parvenir à l’unanimité, à la résolution des conflits et à la guérison des schismes, mais au contraire permet la fragmentation de l’Orthodoxie et l’aggravation des conflits et des schismes.

- Merci, Monseigneur !